Publié le 01/09/2026 Temps de lecture : 5 minutes
Publié le 01/09/2026 Temps de lecture : 5 minutes
L’arrêt prolongé du traitement de l’ostéoporose post-ménopausique est fréquent en France. Selon la molécule, il est associé à un risque de fracture accru et à des surcoûts pour l’Assurance maladie. C’est ce que montre une étude de cohorte nationale conduite par RCTs pour Amgen, en collaboration avec le Pr Karine Briot (Hôpital Cochin, AP-HP), à partir du Système national des données de santé (SNDS). Elle a été publiée en septembre 2026 dans la revue ACR Open Rheumatology.
Nous revenons ici sur les résultats, sur la méthode qui les a produits et sur les limites qu’il faut garder à l’esprit pour les interpréter.
L’étude porte sur 128 980 femmes de 60 ans et plus ayant débuté un traitement de l’ostéoporose post-ménopausique entre 2012 et 2015 : bisphosphonates oraux, bisphosphonates intraveineux (IV) ou dénosumab.
| Bisphosphonates oraux | Bisphosphonates IV | Dénosumab | |
|---|---|---|---|
| Femmes éligibles | 81 263 | 19 111 | 28 606 |
| Taux d’arrêt prolongé | 55,1 % | 68,9 % | 42,5 % |
| Paires appariées (avec / sans arrêt) | 28 265 | 4 239 | 10 251 |
| Risque de fracture après arrêt, HR [IC 95 %] | 1,12 [1,06–1,19] | 0,91 [0,80–1,04] | 1,92 [1,75–2,08] |
| Écart de coût annualisé par patiente | + 446,6 € | − 247,0 € | + 747,2 € |
HR : hazard ratio (rapport de risques instantanés) ; IC 95 % : intervalle de confiance à 95 %. Coûts exprimés en euros 2022, perspective de l’Assurance maladie.
Autrement dit, l’arrêt des bisphosphonates oraux est associé à une hausse de 12 % du risque de fracture. L’arrêt du dénosumab est associé à un risque presque doublé. En revanche, aucune augmentation significative n’est observée après arrêt des bisphosphonates IV.
L’ostéoporose touchait environ 4 millions de personnes en France en 2019. On estime qu’elle y provoque environ 1 325 fractures par jour. Les fractures de fragilité pèsent lourdement sur la qualité de vie, la morbidité, la mortalité et les dépenses de santé.
En France, les bisphosphonates sont recommandés en première intention et le dénosumab en seconde intention. Leur mode d’action diffère toutefois. Les bisphosphonates se fixent durablement dans l’os. C’est pourquoi les recommandations envisagent, chez les patientes à faible risque fracturaire, une pause après trois à cinq ans de traitement continu : on parle de fenêtre thérapeutique ou de « drug holiday ».
Le dénosumab, en revanche, ne s’accumule pas dans l’os et ses effets sont réversibles. Son arrêt n’est donc pas recommandé, en raison d’un risque de perte osseuse rapide et de fractures, notamment vertébrales. L’ANSM avait d’ailleurs alerté dès 2018 sur le risque de fractures vertébrales multiples à l’arrêt du dénosumab.
Pourtant, les données en vie réelle sur la fréquence de ces arrêts et sur leurs conséquences restaient rares en Europe, en particulier pour le dénosumab. C’est ce manque que l’étude visait à combler.
Il s’agit d’une étude de cohorte rétrospective nationale. Elle repose sur les délivrances de médicaments, les hospitalisations et les actes enregistrés dans le SNDS, qui couvre plus de 99 % de la population française. Les femmes ayant arrêté leur traitement ont été appariées à des femmes l’ayant poursuivi, puis comparées sur le risque de fracture et les coûts.
Nous avons inclus les femmes de 60 ans et plus ayant débuté un traitement entre le 1ᵉʳ janvier 2012 et le 31 décembre 2015, quelle que soit la ligne de traitement. Il fallait au moins trois ans de bisphosphonates, ou deux ans de dénosumab, pris en continu et sans association. Les femmes ayant un antécédent de cancer ou de maladie de Paget osseuse ont été exclues. Le suivi s’étendait jusqu’au 31 décembre 2021.
L’exposition a été reconstituée à partir du nombre de jours couverts par chaque délivrance, sans imputation des données manquantes. Un traitement était considéré comme continu tant que l’interruption restait inférieure à 10 jours. L’arrêt prolongé correspondait à au moins 12 mois sans aucun traitement anti-ostéoporotique. L’observance a par ailleurs été approchée par le Medication Possession Ratio (MPR).
Le seuil de deux ans retenu pour le dénosumab mérite une précision. Il n’existe pas de durée minimale de référence pour ce traitement. Ce seuil garantit une exposition cliniquement significative tout en préservant la taille de l’échantillon.
Chaque femme en arrêt prolongé a été appariée (1:1) à une femme sans arrêt grâce à un score de propension. Ce score intégrait notamment l’âge, les comorbidités, les antécédents de fracture, la corticothérapie systémique, la durée du traitement, l’observance et la réalisation d’une ostéodensitométrie.
Le risque de fracture a ensuite été comparé à l’aide d’un modèle de Cox. Des analyses de sensibilité ont également tenu compte du décès comme risque concurrent.
Les coûts directs (hospitalisations, soins de ville), non médicaux (transports) et indirects (arrêts de travail, pensions d’invalidité) ont été estimés en euros 2022, du point de vue de l’Assurance maladie. Les séjours hospitaliers ont été valorisés à partir des tarifs des Groupes homogènes de malades (GHM).
L’étude a reçu l’avis favorable du CESREES et l’autorisation de la CNIL. RCTs, en charge du traitement des données, respecte les exigences de la CNIL pour l’accès au SNDS.
Après arrêt des bisphosphonates oraux, le risque de fracture de fragilité augmente de 12 %. Après arrêt du dénosumab, il est multiplié par 1,92. Aucune hausse significative n’est observée après arrêt des bisphosphonates IV.
Ces résultats soutiennent les recommandations de relais thérapeutique lorsqu’un traitement par dénosumab est interrompu.
L’étude est, à la connaissance des auteurs, la première à chiffrer le coût de ces arrêts en France.
Chez les femmes en arrêt prolongé, le coût annualisé moyen par patiente atteint :
L’écart s’explique principalement par les hospitalisations. Les auteurs estiment qu’appliqué aux 56 930 femmes en arrêt prolongé de ces deux cohortes, le surcoût atteindrait environ 30 millions d’euros.
Enfin, s’agissant d’une étude observationnelle, elle met en évidence des associations et non des liens de causalité.
Au-delà de l’ostéoporose, ce travail montre ce que le SNDS permet lorsqu’il est exploité avec rigueur : une population quasi exhaustive, près de dix ans de recul, des trajectoires de traitement reconstituées délivrance par délivrance et une analyse clinique et médico-économique menée dans une même étude.
Pour un laboratoire, un service d’affaires médicales ou une équipe HEOR, ce type d’étude répond à des questions concrètes : persistance thérapeutique, conséquences cliniques et impact économique.
Chez RCTs, ces études sont conduites par notre équipe de pharmacoépidémiologie, dans un environnement certifié HDS et ISO 27001. RCTs est également autorisé par la CNIL à exploiter l’échantillon national des données de santé (ESND), utile pour les études de faisabilité et l’estimation des volumes de patients.
Pour en savoir plus, découvrez :
Lajoinie A, Benmerad M, Laborey M, Samama P, Désaméricq G, Chelbani L, Briot K. Fracture Risk Associated With Long-Term Discontinuation of Postmenopausal Osteoporosis Treatment: A French Population-Based Study Using National Claims Data (Système National des Données de Santé). ACR Open Rheumatology. 2026;8(9):e90096.
Étude financée par Amgen, Inc. Amgen a contribué à la conception de l’étude et à l’interprétation des données.
Cet article présente des résultats de recherche. Il ne constitue pas un avis médical : toute décision de poursuite, d’arrêt ou de modification d’un traitement relève du médecin.